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Tous surveillés - 7 milliards de suspects (+ film Arte) - Confinement : la surveillance policière par drones dénoncée par deux associations

lundi 4 mai 2020, par C3V Maison Citoyenne

TOUS SURVEILLÉS - 7 MILLIARDS DE SUSPECTS


Des caméras de Nice à la répression chinoise des Ouïghours, cette enquête dresse le panorama mondial de l’obsession sécuritaire, avec un constat glaçant : le totalitarisme numérique est pour demain.

Aujourd’hui, plus de 500 millions de caméras sur la planète offrent aux autorités la capacité de nous surveiller, à peu près partout et à chaque instant. Sous couvert de lutte contre le terrorisme ou la criminalité, les grandes puissances se sont lancées dans une dangereuse course aux technologies de surveillance. Dorénavant, l’incroyable perfectionnement de l’intelligence artificielle valide l’idée d’un regard total. Aux États-Unis, les forces de police utilisent la reconnaissance faciale pour identifier les suspects.
En Chine, les caméras peuvent repérer les criminels de dos, à leur simple démarche. En France, la police utilise des caméras intelligentes qui analysent les émotions et les comportements des passants. Marquée par l’attentat au camion du 14 juillet 2016, qui a fait 86 morts, et s’est produit en dépit des 2 000 caméras scrutant la ville, Nice se situe désormais à l’avant-garde de l’expérimentation.
Le centre de supervision et les zones dédiées à la reconnaissance faciale sont les chevaux de bataille du maire Christian Estrosi, qui veut faire de sa ville une safe city.
Comme un virus, l’idéologie du tout sécuritaire se répand à la mesure d’une révolution numérique à la puissance exponentielle. Va-t-elle transformer notre monde en une planète habitée par 7 milliards de suspects ?
Quel niveau de surveillance nos libertés individuelles peuvent-elles endurer ?

Dictature 3.0
On le surnomme le "marché de la peur", estimé à 40 milliards de dollars par an. Colossaux, les enjeux de la surveillance intelligente aiguisent les appétits de sociétés prêtes à promouvoir le "modèle Big Brother" pour engranger les plus grands bénéfices. L’enquête internationale de Sylvain Louvet démonte les rouages de cette machine aux innombrables facettes et dévoile la relation incestueuse qui se noue entre les industriels et les pouvoirs publics. En Israël, elle souligne les liens entre l’armée, le Mossad et les start-up technologiques, soupçonnées de tester la reconnaissance faciale aux checkpoints.
En France, elle met en lumière l’influence du secteur privé, dans les orientations choisies par le maire de Nice, Christian Estrosi.
Aux États-Unis, l’enquête donne la parole à ceux qui dénoncent la faillibilité du logiciel de reconnaissance faciale d’Amazon couplé à un fichage biométrique généralisé.
Le documentariste a également réussi à enquêter en Chine, pays où l’obsession sécuritaire est en passe de donner naissance à une nouvelle forme de régime : la dictature 3.0. Arrestations "préventives" arbitraires, mise en place d’un système de notation des citoyens, fichage ADN et persécution systématisée (allant jusqu’à l’apposition d’un QR code sur la porte des appartements) de la minorité musulmane des Ouïghours… L’arsenal de la répression connaît un degré de raffinement inédit dans l’histoire de l’humanité.
Un camp du Goulag numérique : telle est la vision du futur dessinée par ce documentaire aussi percutant que glaçant.

Réalisation : Sylvain Louvet - Producteur/-trice : Capa Presse
Auteur : Sylvain Louvet - FRANCE 2019


CONFINEMENT : LA SURVEILLANCE POLICIÈRE PAR DRONES DÉNONCÉE PAR DEUX ASSOCIATIONS


La Ligue des droits de l’homme et La Quadrature du Net ont entamé une action en justice pour que la Préfecture de police de Paris « cesse immédiatement de capter des images par drones ».

La Ligue des droits de l’homme (LDH) et La Quadrature du Net cherchent à clouer au sol les drones déployés sur territoire pour faire appliquer les mesures de confinement. Les deux associations de défense des libertés ont déposé en ce sens, samedi 2 mai, un référé-liberté devant le tribunal administratif de Paris : une action en justice qui exige que le préfet de police de Paris « cesse immédiatement de capter des images par drones, de les enregistrer, de les transmettre ou de les exploiter ». Elle demande aussi de « détruire toute image déjà captée dans ce contexte, sous astreinte de 1 024 euros par jour de retard ».

Selon les plaignants les essaims de caméras volantes, outre qu’ils portent atteinte au respect de la vie privée et à la protection des données personnelles, constituent une pratique « empirique » qui s’est installée hors d’un véritable cadre légal.
Pas de contrôles connus

Depuis le 18 mars, la Préfecture de police de Paris fait voler des drones, parfois munis de haut-parleurs pour inciter les populations à rentrer chez elles et guider les équipes au sol afin qu’elles contrôlent, voire verbalisent, ceux qui sont susceptibles de contrevenir à la consigne générale de confinement.
Des drones utilisés pour surveiller le confinement en France
En dehors de Paris, dans de nombreuses autres villes, notamment à Nice ou à Marseille, la police s’en remet là aussi à des engins pilotés à distance. « Visiblement, la Préfecture de police a décidé de faire ce qu’elle veut, et elle n’est pas la seule », considère Maryse Artiguelong, vice-présidente de la LDH. Elle souligne que, contrairement à la vidéosurveillance qui fait l’objet d’une information préalable (des panneaux indiquent la présence de caméra) et est soumise à des commissions de contrôle, un drone peut tout filmer, y compris les zones privées. De même, les dispositifs vidéo haute résolution embarqués sont capables de filmer les visages.

Pour la LDH, rien ne permet de s’assurer que le contenu des cartes mémoires est, comme l’assure la Préfecture de police, supprimé une fois la mission terminée. « Les images captées peuvent techniquement être partagées avec divers services de l’Etat ou autres autorités publiques, qui pourront les exploiter pour un nombre virtuellement infini de finalités, légitimes ou non », argumente le texte du recours déposé par la LDH et La Quadrature du Net, convaincus que « la mobilité des drones rend ces derniers infiniment plus liberticides que des caméras fixes ».
« Pratique illégale »

« Ces opérations, et c’est grave, se déroulent hors d’un véritable cadre légal  ; ce déploiement de drones par la Préfecture de police n’a jamais été autorisé par un acte administratif exprès », s’inquiète Me Arié Alimi, membre du bureau national de la LDH. « Il s’agit d’une pratique illégale qui n’a pas fait l’objet d’un débat et doit être suspendue », affirme-t-il.

Me Gérard Haas, avocat spécialisé dans le droit des nouvelles technologies, estime que ce recours contre la Préfecture de police est fondé. « Ma conviction est qu’elle en fait une utilisation totalement disproportionnée », assure l’avocat, qui dénonce l’émergence d’une « dictature sanitaire ». « Ce que l’on s’interdit pour surveiller des déplacements terrestres, il faudrait donc l’accepter lorsqu’il s’agit d’une surveillance aérienne ? »

Sollicitée par Le Monde, la Préfecture de police de Paris n’a pas donné suite, à l’heure de la publication de cet article. La Ligue des droits de l’homme critique depuis longtemps la manière dont la réfecture de police utilise des drones. Elle avait déjà émis de vives critiques sur la manière dont ceux-ci avaient été déployés lors des manifestations des « gilets jaunes » et du mouvement d’opposition à la réforme des retraites.


Et les drones anti drones bien entendu ! (Japon)

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