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Ou Monsanto, ou Ma santé !

jeudi 7 décembre 2017, par C3V Maison Citoyenne


L’Europe vient de décider d’autoriser encore pour 5 ans supplémentaires le glyphosate dans les terres européennes, sauf que la messe n’est peut-être pas dite.

En effet, Angela Merkel affirme avoir été trahie par son ministre, lequel devait voter contre le glyphosate, et a fait le contraire...

Christian Schmidt, le ministre de l’agriculture, avait justifié sa position suite aux amendements déposés concernant la protection de la biodiversité...

Or la voix de l’Allemagne était l’un des verrous empêchant le renouvellement de l’autorisation de mise sur le marché du triste pesticide.

La situation est délicate, car si le ministre affirme : « j’ai pris la décision par moi-même et dans le cadre de mon domaine de compétence ministérielle », il n’en reste pas moins que cette décision unilatérale a fait dire à la chancelière « ne correspondait pas à la position sur laquelle le gouvernement s’était mis d’accord »...

Colère des verts allemands qui réclament la mise à la porte du ministre de l’agriculture, et colère aussi de la ministre socialiste de l’environnement, Barbara Heindricks, demandant « une mesure pour rétablir la confiance », alors que la chancelière est à la peine d’une majorité pour gouverner.

Mais alors, pourquoi d’autres pays européens ont pris cette mauvaise décision ?

Ils s’appuient sur l’avis des experts, déclarant que le glyphosate n’était pas dangereux...

Ce qui reste à prouver...

En effet, d’autres experts ont dit le contraire.

Qui croire ?

Mais il y a mieux.

Pour éclairer d’un jour nouveau ces expertises, on apprend que certains experts auraient étés « achetés »...

En effet, s’il faut en croire Aude Massiot, publiant dans les colonnes de « Libération », il y a eu de la corruption.

Des documents déclassifiés de Monsanto, rendus publics lors d’un procès aux USA contre la firme au glyphosate, révèlent qu’un employé de Monsanto avait décrit les techniques employées par son entreprise, s’en prenant à un certain Aaron Blair, expert de l’INAC (institut national américain du cancer), lequel continue de confirmer les dangers du glyphosate, et aurait « exagéré leur nombre ».

L’entreprise chimique aurait donc multiplié les mesures de discréditation envers l’expert, l’accusant de dissimuler des documents portant sur l’étude du CIRC, et menaçait de publier « une évaluation complète sur le potentiel cancérogène du produit par des scientifiques crédibles ».

Puis, Monsanto craignant une attaque en justice a publié une liste de « scientifiques crédibles » dont un ancien directeur du CIRC.

Par la suite, Monsanto a créé un groupe de lobbying international, bien implanté en Europe, groupe comprenant différents experts, dont des chercheurs internes à l’entreprise.

Dans un mail confidentiel de mars 2016, un certain Daniel Golstein, expert de l’entreprise chimique, explique à Allister Vale, un toxicologue du NPI (national poison information), structure britannique, que son entreprise « voudrait ouvrir une discussion avec un certain nombre de toxicologues médicaux en Europe » sur le glyphosate, ajoutant « c’est bien sur un challenge difficile, étant donné la réticence des chercheurs européens à être associés à des industriels, d’une manière ou d’une autre », invitant ce Vale à faire partie de ce groupe, assurant à ce dernier qu’il serait rémunéré, et que l’entreprise lui fournirait une assistance logistique « pour que cela ne lui devienne pas une charge trop importante... ».

Afin que les scientifiques ne voient pas les liens de cet expert avec l’entreprise Monsanto, des mécanismes de financement dérivés seraient activés.

Ces financements viendraient du Glyphosate Consortium, organisme qui mène la ré autorisation européenne, ou via Ecetox, ou Cefic, et pourraient être transmis via la SOT, (Société of Toxicologie), ou via « une ou plusieurs institutions universitaires ».

La réponse de Vale fut assez claire : « faire passer les financements via le Glyphosate Consortium serait un moyen de faire avancer ce type de regroupement », ajoutant « pour que cela marche, ni moi, ni eux ne pouvons recevoir des financements directs de Monsanto, ou du Glyphosate Consortium ».

La stratégie de Monsanto était donc claire : en finançant discrètement cet expert et d’autres, « cela pourrait avoir une très grande influence en Europe et dans le Monde », avait alors écrit Goldstein.

C’est donc avec aplomb que Vale interrogé par Libération a affirmé : « je peux assurer que ni moi, ni mon département, n’avons reçu des financements d’aucune sorte de la part de Monsanto... ».

Parallèlement le Canada a aussi été sollicité par l’entreprise chimique, comme l’a prouvé un mail de John Lynch, un des responsables de Monsanto, lequel expliquait : « comment mener des actions au Canada, et s’assurer qu’elles sont alignées avec des plans similaires aux Etats Unis et possiblement ailleurs ».

Le mail par la suite évoquait des actions « contre le CIRC », ajoutant « actuellement nous avons 8 associations d’industriels, plus Crop Life Canada qui ont exprimé leur volonté de s’engager dans des discussions sur la manière de collaborer de manière plus cohérente, représentant une part significative du PIB du Canada et de l’investissement dans l’innovation, pour capter l’attention du gouvernement fédéral »....dans le même mail il était aussi question de demander au Canada de « retirer son adhésion et ses financements au CIRC ».

Voilà qui a le mérite de la clarté.

Car bien évidemment, le CIRC dérange Monsanto, puisqu’il a classé, en mars 2015, le glyphosate, ainsi que le malathion et le diazinon, « comme cancérogènes probables pour l’homme ».

Le 3 octobre dernier, le journal « Le Monde » publiait lui aussi un article allant dans le même sens, affirmant « Monsanto aurait rémunéré des chercheurs pour produire des expertises, celles-ci auraient été écrites par des salariés de Monsanto, et signées par des professionnels ».

Devant des preuves si accablantes, et suite à l’hasardeuse décision du ministre de l’agriculture allemand, la question de la légitimité de la décision européenne est posée, d’autant que la décision s’est jouée à rien : les 18 états n’ayant rassemblé que 65,71 % des voix, alors que 65 % étaient requis.

En attendant, la France par la voix de son président a décidé de ne pas suivre les recommandations de Bruxelles, limitant à 3 ans maximum l’utilisation du glyphosate sur le territoire national, sauf que, dans un tweet Macron a ajouté « Dès que des alternatives auront été trouvées... ».

Du côté des industriels de l’agriculture, la FNSEA en tête, on crie à la mise à mort, on affirme qu’il n’y a pas d’alternatives...

Ce syndicat agricole va jusqu’à affirmer que « l’interdiction du glyphosate reviendrait à poser un bouler à l’agriculture française »... et l’un de ses représentant, Éric Thirouin, interrogé par le journal « Le Monde », se réjouit du pragmatisme des états membres, assurant qu’ils ont voté aux 2/3 le renouvellement, ce qui manque d’objectivité, comme expliqué plus haut. (65% contre 65,71 %).

Il dénonce la seule étude sérieuse, celle du CIRC, affirmant qu’elle n’a pas été validée par l’ECHA (agence européenne des produits chimiques), alors que l’on sait maintenant ce qui s’est passé...

Et cerise sur le gâteau, il s’en prend au bio, en en faisant une caricature : les agriculteurs bio seraient obligés d’avoir recours à de la main d’œuvre supplémentaire, de réduire la taille des exploitations, et dit-il « s’ils peuvent le faire, c’est que les produits bio sont vendus plus cher »... et campant sur ses certitudes, il déclare : « ce n’est pas parce que l’on ne fait pas de bio que l’on ne peut pas fournir une agriculture de qualité »... ce qui avec l’usage du glyphosate demande à être prouvé. lien

Finalement, tous posent la question des solutions alternatives, affirmant qu’elles n’existent pas, sauf qu’il y en a déjà depuis longtemps.

Au hasard, citons Osmobio, un produit à base d’extraits végétaux et d’algues.

Et puis ce serait oublier le remarquable travail de Lydia et Claude Bourguignon, lesquels luttent depuis près d’un demi-siècle, dénonçant la dégradation rapide de la biomasse, et l’appauvrissement des sols, démontrant comment y remédier, sans pour autant utiliser le glyphosate, ou d’autres pesticides.

Leur combat n’est pas vain, puisque déjà en 2012, on a dénombré plus d’un million et demi d’hectares acquis à la cause de l’agriculture propre (dont 500 000 en conversion).

Cerise sur le gâteau, le bio a été créateur de 118 000 emplois directs, avec une croissance annuelle de 8,4%.
Ajoutons pour la bonne bouche que, malgré une idée reçue, le bio n’est pas si cher que ça, car l’écart avec la plupart des produits varie entre 10% et 20% plus cher, et il faut rappeler que tomber malade à un prix... finalement, le bio est bien plus avantageux.
Comme dit mon vieil ami africain : « il ne faudrait pas que l’agriculteur devienne un agricul-tueur ».

Cet article au complet avec ses liens sur Agora VOX - ICI

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