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La gazette de la COP n° 4

jeudi 3 décembre 2015, par C3V Maison Citoyenne



Le billet du 04/12
Le prix du climat
Pays vulnérables, jeunesse inébranlable
Sur les Iles Kiribati, menacées par la montée des eaux © Christian Åslund / Greenpeace

Troisième jour un peu flottant au Bourget.

Au programme : les négociations techniques sur la multitude d’options entre parenthèses qui jalonnent le brouillon d’accord de 57 pages. Mais les négociations patinent. Paraît que c’est normal : le texte est difficile à déblayer. Certains diplomates commencent néanmoins à laisser filtrer leur frustration. Des points de blocage, notamment sur la question cruciale des financements pour l’adaptation des pays en développement aux changements climatiques, se forment peu à peu. Compliqué.

Pays vulnérables…


De son côté, la coalition des pays vulnérables (« The Climate Vulnerable Forum ») commence à prendre de l’importance politique, même si son poids dans les négociations demeure encore trop faible. Dans cette partie à géométrie variable, ce sont eux, les vrais alliés du climat.

D’abord parce que dans leur déclaration de lundi, ils ont affirmé qu’ils se positionnaient officiellement pour que les mécanismes contenus dans l’accord permettent de décarboner complètement l’économie mondiale, que le pic d’émission de gaz à effet de serre devait se produire au plus tard en 2020, et qu’il faudrait avoir atteint 100% d’énergies renouvelables en 2050 pour contenir l’augmentation des températures sous le seuil des 1,5°C (un chiffre auquel plus d’une centaine de pays souscrit désormais dans l’enceinte du Bourget). En somme, ils sont les seuls à êtres conséquents et alignés avec les préconisations de la société civile, qu’il s’agisse des scientifiques ou des associations.

Ensuite parce qu’ils subissent directement les impacts déjà bien réels des changements climatiques. Ils sont les premiers concernés : ils devraient êtres les premiers écoutés. Question de survie pour un nombre grandissant d’être humains. Déjà plus de 600 000 personnes sont mortes à cause de catastrophes climatiques depuis la première COP en 1995, selon un chiffre récent de l’ONU. Autrement dit : il en va de leur intérêt vital d’obtenir un bon accord. Ce que les populations occidentales ont encore bien du mal à percevoir.

… jeunesse inébranlable

Ces catastrophes naturelles, c’est l’ouragan qui balaie une maison, une vie de labeur et de souvenirs dispersée en courants d’air. Ce sont ces amis, ces parents ou ces enfants, qui meurent prématurément de la pollution atmosphérique. C’est cet estran de mer qui se réduit, laissant planer la menace d’une inondation et poussant à l’exode. C’est cette rivière, où puisait tout un village, qui se tarit. Ce sont ces ressources qui, à cause de la surconsommation caractéristique du mode de vie à l’occidentale et des mauvais choix énergétiques qui l’accompagnent, disparaissent pour laisser place au déracinement comme aux conflits. C’est surtout l’idée d’un avenir décent qui s’amenuise, les perspectives qui font défaut. Des générations entières qui, à peine venues au monde, connaissent une inquiétude irrémédiable.

Et l’injustice, aussi.

Car d’après un rapport tout juste publié par l’ONG OXFAM, « la moitié la plus pauvre de la population mondiale – les 3,5 milliards de personnes les plus menacées par l’intensification catastrophique des tempêtes, des sécheresses et autres phénomènes extrêmes liés aux changements climatiques – n’est responsable que de 10 % des émissions de CO₂. En revanche, les 10 % les plus riches de la planète sont responsables d’environ la moitié des émissions de CO₂ mondiales. »

Ce sont justement des jeunes habitants de ces pays blessés, comme le Maroc, les Philippines, les îles Kiribati, qui ont organisé la première action de cette COP21. Ils sont arrivés sur l’allée centrale parés d’un cercle sur le visage, entourant l’œil , pour symboliser leur demande de stopper définitivement toute émission de gaz à effet de serre d’ici à 2050. Ils étaient pleins d’énergie. Ils ont formé un petit cortège, conduit par des jeunes indigènes.

En réalité, ces pays vulnérables sont en train d’imprimer le tempo de la COP. Ils sont notre mauvaise conscience. Ils foulent aux pieds le cynisme des pollueurs. Ils apportent avec eux des solutions et une vision politique. Ils ont les mots qu’il faut suivre. Et dans la mesure où ils représentent maintenant un tiers des sièges à l’ONU, il sera bien difficile de faire croire à un accord universel s’ils s’y opposent.

Dérapages contrôlés

Bien entendu, toutes ces actions sont contrôlées par l’ONU. Très contrôlées, même. Pour être autorisé à faire une action dans la zone bleue, il faut demander l’autorisation 24h à l’avance, présenter l’action dans un email formaté, lui donner un titre, une description précise – le nombre de personnes impliquées, la chorégraphie, le niveau de bruit attendu – faire valider le matériel utilisé et ne pas dépasser l’espace désigné par les services de sécurité, quand bien même ce serait dans un endroit totalement invisible, à l’autre bout de l’enceinte, entre les poubelles et les sanitaires. Précision : seules les ONG sont autorisées à le faire, les délégations étatiques n’en ont pas le droit.

Et, cerise sur le gâteau :

si quelqu’un se plaint ouvertement de l’action en cours, elle est stoppée sur le champ. C’est arrivé l’année dernière : une grande entreprise a fait taire une action de protestation.

Bullshit musique

Une petite musique inquiétante commence à remonter dans l’enceinte du Bourget : celle du « climate neutrality », un concept en vogue dans les discussions officielles autour de la vision de long terme qui pourrait guider l’accord. Sauf que personne, apparemment, n’en donne la même définition. Peut-être pour la simple raison qu’il est incompréhensible.

Ensuite, si l’on opère quelques conjectures, il est potentiellement dangereux : il ne dit rien de la nécessité d’aller vers zéro émission. Selon le sens dans lequel on le prend, il peut très bien signifier une stabilisation du niveau actuel – ce qui nous placerait sur une trajectoire de 3 à 4°C de plus en moyenne d’ici la fin du siècle.

Enfin, il peut très bien servir d’alibi à de fausses solutions développées aux dépens des droits et de l’accès aux ressources naturelles des populations les plus fragiles. De même qu’il peut servir de cheval de Troie à l’industrie nucléaire, toujours en embuscade pour nous faire croire qu’elle est une énergie propre, au moment où le Japon commence officiellement à reconnaître des cas de cancer suite à la catastrophe de 2011. Étrangement, on ne trouve jamais de photos de vacances des pontes et publicitaires du nucléaire dans les eaux chaudes de Fukushima. L’atome ne doit pas être si propre que ça.

Des buses et des baleines

La COP21, c’est justement le moment choisi par le Japon pour relancer la chasse à la baleine dans les eaux de l’Antarctique, malgré l’interdiction mondiale qui pèse sur cette pratique. Motif invoqué : recherche scientifique. Depuis 1946, le Japon dispose d’une dérogation baleinière qui leur permet de chasser le mammifère à seules fins scientifiques. En l’occurrence, il lui est interdit de vendre de la viande issue de ces captures.

Mais en 2014, l’ONU s’était alarmée des pratiques commerciales mises en œuvre par le Japon et cette dérogation avait été suspendue. Peu importe, le Japon repart en chasse. Programme officiel : 3 996 petits rorquals (ou baleines de Minke) en Antarctique dans les 12 prochaines années, soit 333 par saison, contre environ 900 dans le cadre du précédent programme condamné par l’ONU. A des fins scientifiques, officiellement. Pour rappel, certaines espèces de baleines sont menacées d’extinction.

Visiblement, la zone bleue des Nations unies s’arrête où commence l’océan.

Où sont les femmes ?

En parlant de démocratie, parlons de parité. Nous avons appris aujourd’hui que sur les 150 chefs d’Etat venus au Bourget, seules 11 étaient des femmes. Soit 7 %. Ça se passe de commentaires, mais ça en dit long sur l’état du monde et des progrès qu’il reste à faire.

Dans l’enceinte de la COP21, une association américaine lutte contre cette inégalité et pour ramener la question climatique dans le giron des questions de genre : l’Association pour l’environnement et le développement des femmes (WEDO). En plénière, l’une de ses porte-parole a rappelé que l’accord ne pourrait pas être fondé sur les mécanismes de marché habituels, et qu’il devait prévoir le développement de technologies renouvelables abordables, sûres et adaptées aux besoins différenciés des femmes et des hommes, pointant le fait que jusqu’à présent, aucun lien n’était fait dans les discussions officielles entre les technologies, les processus de réduction des émissions et les questions de genre.

Une mise au point bienvenue. Car faut-il le rappeler, les femmes sont les premières victimes du dérèglement climatique.

Les traits tirés

A part ça les traits commencent à se tirer dans les espaces de travail de la COP. Les bureaux sont un peu plus débraillés que la veille. Le temps se dilate en nappe continue. Il faut accrocher la pluie ininterrompue d’informations qui inonde les boîtes mail. Les machines s’abîment. Les discussions procèdent par bribes. Et les salles de sieste se remplissent déjà de corps costumés.

Nous avons reçu quelques tuyaux d’une habituée australienne des marathons onusiens, et des COP tout particulièrement. Voici son enseignement : « Drink lots of water. Eat good meals. Go outside. Make time to have a coffee with someone each day. And don’t worry too much about any UN conference (there will be so many more). »

A bon entendeur, salut.

Le dessin du 03/12
@ Glez / Cartooning for peace

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