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Etat d’urgence : interview d’Henri Leclerc, président d’honneur de la LDH + appel unitaire initié par la LDH - PETITION

lundi 30 novembre 2015, par C3V Maison Citoyenne

Henri Leclerc : « Restreindre nos libertés est une victoire pour eux »

Par Ondine Millot — 19 novembre 2015

- Appel unitaire initié par la Ligue des droits de l’Homme (LDH) : "Nous ne céderons pas !" - 68 premiers signataires --- article ici —>> : http://c3vmaisoncitoyenne.com/spip.php?article729
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L’avocat et président d’honneur de la Ligue des droits de l’Homme explique pourquoi la prolongation pour trois mois de l’état d’urgence est selon lui problématique.

Avocat depuis 1956, président d’honneur de la Ligue des droits de l’Homme, Henri Leclerc, 81 ans, est un défenseur des libertés publiques. La prolongation de l’état d’urgence l’inquiète, tout comme certaines précipitations sécuritaires.



Que pensez-vous de la loi votée jeudi à l’Assemblée ?
La prolongation de l’état d’urgence à trois mois n’était sans doute pas absolument nécessaire. Que l’on décrète douze jours de ce régime me paraît compréhensible : c’est utile pour procéder à des perquisitions rapides, saisir les armes, les ordinateurs. Ensuite, la justice doit prendre le relais : des enquêtes sont ouvertes, d’autres perquisitions judiciaires sont possibles. Pourquoi une prolongation de trois mois et pas d’un ? Et, surtout, qu’est-ce qui nous garantit que cela ne sera pas prolongé encore, comme en 1961, où l’état d’urgence avait duré ainsi jusqu’en 1963 ?


Que craignez-vous ?
Le problème, c’est qu’une fois que le pays sera installé dans ce régime, on demandera au gouvernement de justifier la fin de l’état d’urgence, dans une logique inversée. François Hollande a dit que le combat serait mené jusqu’à ce que le terrorisme soit éradiqué. Mais est-ce qu’il le sera dans trois mois ? Hélas, je n’en suis pas sûr. Du coup, la pression sera forte, on lui réclamera des gages, on lui dira qu’il ne peut arrêter l’état d’urgence puisque des terroristes existent encore.


D’après vous, à quoi servent ces assignations à résidence ? Et le bracelet électronique pour les ex-condamnés ?
L’assignation à résidence est une privation de liberté extrêmement forte d’un nombre de personnes indéfini qui ne sont, au maximum, que des suspects. Le bracelet électronique pour les ex-condamnés, outre qu’il peut engendrer de grandes difficultés de mise en place et qu’il n’est pas forcément efficace, est destiné, essentiellement, à rassurer la population. Suivre et observer ces personnes ne demanderait pas plus de personnel que la mise en place de bracelets électroniques.


Mais l’exécutif répète que l’état de droit reste garanti au sein de l’état d’urgence…
Cela contient une contradiction. On demande aux Français de renoncer à un certain nombre de libertés individuelles. Mais quelles ont été les cibles des terroristes ? Ils ont attaqué des personnes en train de profiter de la vie, de la musique, du sport, de la douceur d’une dernière soirée automnale… C’est l’image même de la liberté. Une image que ces terroristes ne peuvent pas supporter. S’ils s’attaquent à nous, c’est parce que nous sommes une nation symbolique – même si pas toujours exemplaire – en termes de droits de l’Homme et de libertés publiques. Et là, le fait de restreindre nos libertés est une petite victoire pour eux. Cela veut dire que nous ne sommes pas capables de leur résister en préservant ces libertés.



Appel unitaire initié par la Ligue des droits de l’Homme (LDH) : "Nous ne céderons pas !" 68 premiers signataires - article ici —>> : http://c3vmaisoncitoyenne.com/spip.php?article729
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