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Crète : la face sombre du nouveau paradis des éoliennes

lundi 26 juin 2017, par C3V Maison Citoyenne

En Crète, les éoliennes inquiètent

Crète : la face sombre du nouveau paradis des éoliennes

Expropriations, intimidations policières, efficacité contestée : la politique du gouvernement grec, consistant à faire de la Crète un gigantesque parc éolien, suscite l’opposition des habitants, prêts à tout pour conserver leurs terres.

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gouvernement grec brade-t-il la Crète aux multinationales de l’énergie verte ? Deux Arlonais installés sur l’île lancent un cri d’alarme.

Des éoliennes fleurissent sur les collines crétoises. En récession depuis sept ans, la Grèce subit une cure d’austérité drastique et survit sous perfusion financière de ses créanciers, qui exigent des réformes. L’une d’entre elles est l’ouverture du marché énergétique, qui inclut l’installation massive d’éoliennes. Il est même question de faire de l’île de Crète un hub énergétique entre le Moyen-Orient et l’Europe.


À Athènes, Michalis Verriopoulos, secrétaire général au ministère de l’Énergie, rejette ces arguments et affirme tout ignorer des expropriations en cours : "Où est le mal avec cette technologie ? Elle est rodée, pas chère. Et si on l’utilise précautionneusement, elle est très bénéfique !"

Hors micro, les Crétois confient être prêts à tout pour sauver leurs terres. Il y a quelques mois, ils ont réussi à renvoyer sur le continent des éoliennes débarquées dans le port d’Héraklion.

Les Crétois s’y opposent, accusant le gouvernement de les spolier et de détruire leurs terres. Sur la place du village de Palea Roumata, dans le sud-ouest de l’île, un seul sujet domine les discussions : celui de l’expropriation en cours des paysans. Yanis, retraité, accuse même le gouvernement de malversations. "Ils ont affiché les expropriations à la mairie d’Akrotiri, à 80 kilomètres d’ici. On n’a rien vu venir", dit-il.
Des experts remettent en cause l’intérêt des éoliennes

Costas, un agriculteur d’une quarantaine d’années, cultive son champ près du village. À la tête de la contestation, il paie cher sa participation à toutes les batailles : "Pendant deux ans, la région a été quadrillée par la police. Les forces anti-émeutes étaient tous les jours dans la rue. Il régnait un terrible terrorisme d’État. À chaque manifestation, on m’a emmené. On m’a traduit dix fois en justice."

De son côté, le gouvernement défend son projet au nom de l’énergie verte. Mais cette théorie est remise en cause par Flora Papadede, une ingénieure de la DEI, le fournisseur historique d’électricité dans le pays : "Pour que le réseau électrique fonctionne parfaitement, il faut que la demande corresponde exactement à la demande à tout instant. Sinon, c’est le black-out."

Si le vent s’arrête, que se passe-t-il ? On se reporte sur les centrales conventionnelles. Mais elles ne peuvent pas démarrer d’un seul coup. Donc elles ne s’arrêtent jamais.
Flora Papadede, ingénieure

à franceinfo

À Athènes, Michalis Verriopoulos, secrétaire général au ministère de l’Énergie, rejette ces arguments et affirme tout ignorer des expropriations en cours : "Où est le mal avec cette technologie ? Elle est rodée, pas chère. Et si on l’utilise précautionneusement, elle est très bénéfique !"

Hors micro, les Crétois confient être prêts à tout pour sauver leurs terres. Il y a quelques mois, ils ont réussi à renvoyer sur le continent des éoliennes débarquées dans le port d’Héraklion.
Crète : la face sombre du nouveau paradis des éoliennes. Reportage d’Angélique Kourounis.


« Nous habitons dans l’est de la Crète, la région qui sera la plus touchée. Seuls les oliveraies et les villages ne seront pas recouverts de panneaux photovoltaïques, d’éoliennes ou de centrales hybrides. Tout le reste, absolument tout le reste, sera recouvert, y compris des zones classées Natura 2000. » Bertrand Baijot enrage de voir son île progressivement défigurée. Avec sa compagne, Brigitte Melchior, ils ont quitté Arlon en 1994 pour s’installer en Crète. Entre Zakros et Xerokambos, ils cultivent aujourd’hui 650 oliviers et produisent de l’huile bio qu’ils exportent en Belgique.

Dans la ligne de mire des deux Belges, le programme du gouvernement grec qui permet à des multinationales d’investir massivement dans les énergies vertes ce qui, dénoncent-ils, menace le patrimoine naturel et culturel de l’île.

En juin 2012, trois projets d’installation d’unités de production d’énergie renouvelable à l’échelle industrielle (E.R.E.I.) d’une capacité totale de 2 151 mégawatts ont été acceptés. Ils prévoient l’installation d’environ 800 éoliennes sur 69 sommets de l’île et d’une centrale solaire à concentration de 180 hectares à l’est de la Crète.

Les autorités grecques ne s’en cachent pas : l’intérêt financier et l’espoir de relance économique et de création d’emplois dans un pays exsangue et surendetté ont fortement motivé leur décision de miser sur l’éolien.

Les Chinois, les Français, les Allemands se sont engouffrés dans le marché.

L’agriculture, l’élevage et le tourisme touchés

Mais pour Bertrand Baijot et les opposants crétois, l’agriculture, l’élevage d’ovins et le tourisme, principale ressource de l’île, vont trinquer. « Qui viendrait faire du tourisme au milieu des parcs éoliens ? Le danger, c’est aussi la privatisation de l’eau. Les centrales hybrides, par exemple, nécessitent de creuser des réservoirs d’une contenance de 900 000 m3 d’eau, un au niveau de la mer, un autre plus haut. Il y a à peu près 30 % d’évaporation dans un pays aussi chaud que le nôtre. Toutes les sociétés qui achètent les terres s’assurent d’avoir de l’eau, donc elles achètent aussi les droits d’exploitation de l’eau. »

Les parcs éoliens menacent également la faune, assure Bertrand Baijot, lui-même ornithologue. Images chocs à l’appui d’un vautour tombant au sol comme une pierre après avoir été happé par une longue pale. La scène figure dans une vidéo accompagnant la pétition lancée par les opposants. (http://www.lenika-couleur-olive.com/).

Le développement de l’éolien, selon lui, ne rapportera que des clopinettes aux Crétois. « L’argent que touchent les communes pour un parc éolien est passé de 3 % à 0,8 % du revenu total de la vente d’électricité. 99 % reviennent à la société. Les investisseurs ne prennent aucun risque. »

Un recours au Conseil d’État

Un recours a été introduit au Conseil d’État grec afin d’annuler les projets. « Nous n’avons pas d’autres moyens légaux pour le moment. Après, il faudra passer au niveau européen. Mais comme la troïka (Union européenne, Banque centrale européenne et FMI) poussent ces investissements, il est difficile de se faire entendre. » L’audition au Conseil d’État est prévue ce vendredi. Mais l’Arlonais ne se fait guère d’illusions.

« On n’est pas opposé aux énergies renouvelables, s’il s’agit d’assurer l’autonomie de la Crète, quitte à sacrifier certains endroits, si on nous promettait de fermer les centrales au pétrole, par exemple. On voudrait que les citoyens soient consultés et que l’État promeuve aussi les économies d’énergie et l’aide aux particuliers. »

Leur combat n’est-il pas perdu d’avance puisque les contrats sont déjà signés ? « Tant que les tunnels sous-marins ne sont pas construits, il y a toujours de l’espoir. Et puis, un nouveau gouvernement pourrait remettre les compteurs à zéro. »

Outre les éoliennes, un autre projet inquiète Bertrand Baijot : le pétrole. « Il y a des réserves supposées de pétrole et de gaz naturel au sud de la Crète. Les études sont en cours et, apparemment, il s’agit de très grosses réserves. Total est déjà sur le coup ».

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