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ENREGISTREMENT des LECTURES de Laurent GRISEL en public et par télephone - Franz KAFKA

mercredi 9 décembre 2020, par C3V Maison Citoyenne

— Jeudi 10 septembre, 19h, Franz Kafka au Maillet de Joigny —

Les lectures reprennent !

Pour au moins trois séances nous serons avec Franz Kafka, un Kafka en colère contre la domination exercée, par exemple, par le Comte du Château et ses régisseurs et autres chefs de service, contre la domination acceptée et intériorisée par les paysans, artisans et serviteurs qui habitent le village situé juste en-dessous.

Dès le début du Château nous savons qu’il y aura un combat :
« … Le château l’avait donc nommé arpenteur. D’un côté cela lui était défavorable car cela montrait qu’au château on savait de lui tout ce qu’il fallait savoir, qu’on avait estimé les forces en présence et qu’on acceptait le combat en souriant. Mais d’un autre côté c’était favorable aussi, car à son avis cela prouvait qu’on le sous-estimait et qu’il aurait davantage de liberté qu’il n’aurait pu l’estimer dès l’abord. Et si on s’imaginait le maintenir dans la crainte en lui reconnaissant la qualité d’arpenteur avec cet air de condescendance intellectuelle, alors on se trompait ; cela le faisait légèrement frissonner, mais c’était tout. » (Traduction de Georges-Arthur Goldschmidt, aux éditions Points, de toutes ma préférée et celle que je lirai).
Mais quel combat ? Dans quel but ? Et mené comment ?
Nous prendrons notre temps. Nous irons à la conquête du château pendant au moins trois mois.

Ce jeudi, lectures d’extraits du Château mais aussi quelques données sur le vie de Kafka, sur l’histoire de Prague, Tchécoslovaquie et Allemagne, sur la culture juive de ce temps. Et lecture de brefs récits ou rêves trouvés dans son Journal. Histoire de bien s’imprégner de sa façon de poser des énigmes. De nous mettre en situation de lecteurs-enquêteurs.

Laurent Grisel

Nota bene : dans l’enregistrement, lapsus révélateur ? à la cinquième minute environ, le GPU (guépéou) n’est pas la police politique des nazis mais celle de Staline...


Ce jeudi 8 octobre, deuxième épisode de notre lecture du Château de F. Kafka. Un écrivain, il l’écrit nettement dans une lettre à son père, qui s’est situé délibérément et franchement du côté des employés et des ouvriers.

« (…) tu disais en parlant d’un commis tuberculeux : ‘’Qu’il crève donc, ce chien malade !’’ Tu appelais tes employés des ‘’ennemis payés’’, c’est bien du reste ce qu’ils étaient, mais avant même qu’ils le fussent devenus, tu m’avais semblé être leur ‘’ennemi payant’’. (…) J’appris que tu pouvais être injuste (…) selon mon opinion enfantine, (…) les gens du magasin étaient des étrangers qui travaillaient pour nous et qui, pour échange, étaient réduits à vivre dans la peur perpétuelle que tu leur inspirais. (…) Cela me rendit le magasin insupportable, il me rappelait trop ma propre situation à ton égard (…). C’est pourquoi j’appartenais nécessairement au parti du personnel (…). »(traduction de Marthe Robert).
Je vous en apporterai quelques preuves, comme son abonnement fidèle, plusieurs années, à une revue anarchiste… Et surtout dans Le Château, plusieurs scènes sans ambiguïté. K., le héros, réduit à une condition ouvrière par une lettre adressée à lui par Klamm, haut fonctionnaire du château :

« (…) un danger subsistait, et il était suffisamment souligné dans la lettre, il était même décrit avec un certain plaisir comme s’il était inéluctable. C’était la condition d’ouvrier. Service, supérieur hiérarchique, travail conditions de travail, conditions de salaire, comptes à rendre, ouvrier, la lettre fourmillait de ces termes. (…) S’il voulait devenir devenir ouvrier, il le pouvait, mais alors dans tout le sérieux terrible du mot, sans nulle perspective vers autre chose. » (traduction de Georges-Arthur Goldschmidt, p. 56), aux éditions Points de toutes ma préférée et celle que je lirai).

Alors, le héros de ce roman, l’arpenteur, comment mène-t-il son combat contre la domination ? Nous le verrons à l’œuvre, mais dans une étonnante scène d’amour, d’érotique burlesque.

Laurent Grisel



Ce jeudi 5 novembre nous sommes avec K. engagé dans sa lutte rude et obscure pour parvenir au Château.

Mais pourquoi est-ce si difficile, de prendre la route et d’aller simplement là-haut ? Ce sont les mille moyens d’empêcher qui sont passionnant et qu’il est essentiel, pour tout lutteur, de bien saisir et comprendre. En quelques mots : K. est pris dans les nœuds de relations de la société villageoise qui est presque toute entière soumise à la hautaine, toute puissante et inaccessible hiérarchie du château ; s’il ne se rebellait, il serait entièrement soumis à leur soumission.
Les critiques ont pris l’habitude de souligner la descente de K. dans l’échelle des statuts : d’arpenteur nommé directement par l’administration comtale et lié à elle sans autre intermédiaire qu’un messager, à simple appariteur soumis aux bons vouloir de l’instituteur. Mais c’est oublier que son indiscipline, son insolence, précisément lui apportent des alliés, des soutiens. Ainsi de Hans Brunswick, le petit garçon qui rejoint K. et sa fiancée Frieda, dans leur installation précaire : « Hans avait été tellement bouleversé par les estafilades que la maîtresse avait faites sur la main de K. qu’il s’était alors décidé de se mettre du côté de K. Il avait de lui-même quitté la salle de classe à la façon d’un déserteur, s’exposant au danger d’une grave punition. (…) bientôt il s’était habitué à Frieda et à K. et lorsqu’on lui eût donné aussi du bon café chaud il devint vif et confiant et ses questions étaient pleines d’intérêt et de précision, comme s’il voulait apprendre l’essentiel aussitôt que possible pour ensuite prendre par lui-même ses décisions concernant K. et Frieda. » (Traduction de Georges-Arthur Goldschmidt, pp. 211-212).

Peter Handke écrit ceci : « La silhouette anonyme de Kafka ne cesse de redevenir vivante ; il est peintre en bâtiment en train de repeindre la pièce d’à-côté ; il est grutier dans une cabine jaune ; il est écolier assis au bord du chemin. Oui, Kafka a rendu tous ces anonymes perceptibles à l’aide de sa langue affectueuse et, désormais, il fait route à jamais avec eux. » (Peter Handke, Le Siècle de Kafka, p. 248).

Laurent Grisel

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