C3V

Accueil > ENVIRONNEMENT > ENVIRONNEMENT INFO > La nuit, dernier refuge des mammifères contre l’homme !

La nuit, dernier refuge des mammifères contre l’homme !

jeudi 14 juin 2018, par C3V Maison Citoyenne

Selon une étude publiée dans la revue « Science », l’expansion humaine conduit de nombreux animaux à adopter un mode de vie nocturne.

L’humain a pris possession de la planète. Principale espèce envahissante de notre globe, il a déjà modifié les trois quarts de la surface terrestre, estiment les chercheurs. Devant cette progression, la plupart des animaux ont choisi la fuite : plus loin des villes ou des axes routiers, plus haut dans les montagnes, au plus profond des forêts. Mais ce déplacement spatial n’est ni toujours possible ni nécessairement suffisant. Pour vivre heureux, de nombreux mammifères ont donc trouvé une autre parade, ce que l’écologue Ana Benitez-Lopez, de l’université de Radboud, aux Pays-Bas, nomme « l’ajustement temporel ». En termes plus simples, ils ont adopté un mode de vie nocturne.

Dans un article publié vendredi 15 juin, dans la revue Science, une équipe de l’université Berkeley, en Californie, livre les résultats d’une « méta-analyse » des études conduites sur les mammifères soumis à la présence humaine. Ils ont ainsi extrait de 76 travaux de recherche, conduits sur les cinq continents depuis près de vingt-cinq ans, les données concernant l’équilibre entre jour et nuit de 62 espèces, selon qu’elles se trouvaient exposées ou non à la présence humaine. « Nous nous attendions à observer une certaine augmentation du caractère nocturne de la faune à proximité des humains, mais nous avons été surpris de la constance des résultats, souligne l’écologue Kaitlyn Gaynor, première signataire de l’article. La réponse des animaux est forte, quelle que soit la nature du dérangement que nous provoquons, et pas seulement lorsque nous mettons leur vie en danger. Cela suggère que notre seule présence suffit à perturber leurs modes de vie traditionnels. »
Coyotes noctambules

Ainsi, 83 % des études ont fait apparaître une augmentation du temps de vie nocturne en présence des humains. Et cela dans des proportions notables : en moyenne, les mammifères ont vu leur « nocturnalité » croître d’un facteur 1,36. Autrement exprimé, un animal qui partage, en temps normal, son activité à parts égales entre jour et nuit porte la part nocturne à 68 % lorsque l’homme vient roder dans les parages. Les scientifiques ont concentré leurs travaux sur les espèces moyennes ou grandes – de poids supérieur à 1 kg, donc –, mais ils font l’hypothèse que l’ensemble de la classe est concerné. De même, la carte des espèces étudiées laisse apparaître des points bleus sur tous les continents.

Les chercheurs de Berkeley n’ont pas eu besoin d’aller bien loin. Dans les montagnes voisines de Californie, les coyotes vivent désormais presque exclusivement la nuit. Bien sûr, on était habitué à entendre les animaux hurler le soir. Mais il n’était pas rare d’observer le canidé en plein jour. C’est terminé. « La faute au développement des loisirs de nature », explique Kaitlyn Gaynor. Même constat chez les ours bruns d’Alaska : cette fois, ce sont les touristes en quête de vie sauvage qui ont bouleversé le mode vie du grand mammifère. De 33 %, il est passé à 76 % de vie nocturne.

Castor écrasé en ville...

À l’autre bout du monde, à Sumatra (Indonésie), les chercheurs qui étudient la forêt tropicale de Ketambe ont voulu observer leur propre impact sur la faune. Ils ont donc installé des caméras infrarouges près de leurs campements et sur une zone de contrôle, située à grande distance, et comparé le comportement de l’ours malais. Le verdict est tombé, sans appel : en leur absence, l’adorable petit ursidé se limite à 19 % d’activité nocturne. En leur présence, le chiffre bondit à 90 %.

Suite sur

le Monde Sciences

Répondre à cet article

SPIP | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0
Habillage visuel © digitalnature sous Licence GPL