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Allergies. VERS UN DEREMBOURSEMENT de la désensibilisation ?

mardi 1er mai 2018, par C3V Maison Citoyenne

Alors que la saison des allergies bat son plein, la prise en charge de la désensibilisation est sur la sellette. La HAS (Haute Autorité de santé) recommande une baisse de son remboursement.

C’est un avis qui irrite les allergologues et les patients traités pour des formes sévères de rhinite ou d’asthme allergiques. Leur traitement par désensibilisation serait bientôt moins remboursé par la Sécurité sociale. Le taux actuel est de 65% mais pourrait passer à 15% si la recommandation de la Haute Autorité de santé est validée par le gouvernement fin avril. Quant aux traitements sous forme injectables, ils ne seraient plus remboursés.

• Défense du traitement de fond

Cinq associations d’allergologues ont publié un communiqué commun déplorant une "véritable catastrophe pour les patients et un recul inédit dans l’accès aux soins". Pour ces professionnels, "40% des patients n’auraient plus accès à leur traitement" or "30% des rhinites allergiques non traitées évoluent vers l’asthme". Et d’ajouter qu"’il n’existe pas de traitement alternatif à la désensibilisation".

• D’autres traitements calment les symptomes

La HAS (Haute Autorité de santé) recommande une baisse de la prise en charge de la désensibilisation, alignée sur celle d’autres traitements qui calment les symptômes comme l’Acarizax (comprimés contre les acariens), le Grazax et l’Oralair (comprimés contre les pollens). Elle estime aujourd’hui que les données disponibles sur les traitements par désensibilisation montrent un service médical rendu faible, "une efficacité faible et mal démontrée" et que d’autres possibilités existent comme les traitements médicamenteux (antihistaminiques, corticoïdes intranasaux) à privilégier en traitement initial. 12 millions de personnes ont une rhinite allergique dont trois millions une rhinite sévère. 300 000 personnes se font désensibiliser chaque année.

• La désensibilisation, comment ça marche ?

Merci au Dr isabelle Bossé, allergologue et présidente du SYFAL (Syndicat français des allergologues)

L’allergie est une maladie du système immunitaire. La désensibilisation – appelée aussi immunothérapie allergénique – apprend au corps à tolérer les allergènes. Avant de l’entreprendre, le médecin allergologue fait un bilan avec des tests cutanés (prick-tests), une exploration de la fonction respiratoire – quand il y a une rhinite allergique ou un asthme –, puis, si besoin, des dosages biologiques d’anticorps pour mesure le taux des allergènes. Si les résultats confirment un taux élevé d’anticorps, le patient est éligible à une désensibilisation. Elle peut être entreprise dès l’âge de cinq ans.

• La désensibilisation, un traitement sur mesure

Le médecin allergologue administre alors au patient, de façon répétée, des doses progressivement croissantes d’un extrait allergénique afin de réduire les symptômes consécutifs à son exposition à l’allergène. L’allergène peut être un pollen de graminées, d’herbacées (ambroisie, armoise, plantain...) d’arbres (bouleau, frêne, platane...) ou lié aux acariens.
Ces extraits sont fabriqués "sur mesure", sur prescription, à partir de préparations mères issues de l’extraction des pollens incriminés. Cette immunisation, progressive, modulée et personnalisée, va réduire la sensibilité du patient à son allergène et modifier ainsi le cours de sa maladie. Selon ses réactions – de possibles effets secondaires sont fréquents –, les doses peuvent être réduites ou augmentées.
Le patient doit s’armer de patience et être très rigoureux dans l’observance de ce traitement au long cours. Si 30% des patients abandonnent leur protocole dès la première année, pour ceux qui vont au bout du traitement qui dure en moyenne quatre ans, c’est la possibilité de retrouver une vraie qualité de vie.

• Les types de désensibilisation possibles :

- Les comprimés sublinguaux, à prendre tous les jours entre janvier et juin : quatre mois avant le début de la saison des pollens et cela jusqu’à la fin des pollens. Ces médicaments ont une autorisation de mise sur le marché (AMM), sont vendus en pharmacie. Ils contiennent un extrait allergénique standardisé de pollens de graminées mais ne conviennent pas à toutes les sensibilités. La boîte de 30 comprimés coûte 70€, remboursée à hauteur de 15% par la Sécurité sociale. Le traitement dure entre trois à cinq ans.

- Les Allergènes Préparés Spécialement pour un seul Individu (APSI) : ces allergènes sur lesquels la HAS vient de donner un avis de baisse de déremboursement ne sont pas des médicaments. Ils sont spécifiquement composés pour un seul patient. Quantité et dosage sont ici personnalisés. La désensibilisation se fait par progression de doses modulées en fonction des réactions du patient. Le médecin augmente ou pas les concentrations et les doses.

Sous forme de gouttes sublinguales conservées au réfrigérateur, les allergènes sont à mettre sous la langue deux minutes, tous les jours. Pour les pollens, le traitement court de janvier à juin, pour les pollens de bouleau, de novembre à mai, pour les acariens, tous les jours de l’année. Ce traitement sublingual représente 60% des désensibilisations en France. Le protocole dure entre trois et cinq ans pour un coût moyen 700€ pour six mois de traitement.

Sous forme d’injection, le traitement est à faire chaque semaine pendant trois mois, puis ensuite une piqûre tous les mois chez le médecin avec une augmentation progressive et modulable des doses selon la réaction du patient. Le coût du produit est de 50€ pour six mois (auquel s’ajoute le prix des consultations, hebdomadaires pendant trois mois, mensuelles ensuite). Ce protocole aujourd’hui remboursé à 15% par la Sécurité sociale pourrait être totalement déremboursé comme le recommande la HAS.

• Et du côté des médicaments ?

L’action des médicaments comme les antihistaminiques est différente : elle soulage ponctuellement, au moment de la saison des pollens par exemple, mais ne traite pas les causes de l’allergie et ne règle pas le problème de fond, l’hypersensibilité aux allergènes comme les pollens, les moisissures ou les acariens.

Le débat loin d’être clos devrait s’intensifier alors que le nombre de personnes allergiques aux pollens est en augmentation constante. Aujourd’hui, "25 à 30% de la population est allergique" contre 4% dans les années 1970. Un chiffre qui devrait atteindre 50% d’ici 2050 selon l’OMS.

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