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MIGRANTS - TEMOIGNAGE INSUPPORTABLE.( mars 2018)... et suite...

mercredi 14 mars 2018, par C3V Maison Citoyenne

Transmis par Jean Sicard le 10 mars 2018 ( Resf et PG Marseille )
( à voir également sur le site " tous migrants " des Hautes Alpes)

Tous migrants, il n’y a pas d’étrangers sur la Terre.

" Témoignage glaçant , on atteint le sommet de l’abjection au col de Montgenévre.

LA NAISSANCE D’UN ENFANT NE SAURAIT SOUFFRIR AUCUN OBSTACLE L’ETAT DOIT REPONDRE DE L’INHUMANITE AVEUGLE QU’OCCASIONNE SA POLITIQUE ANTI-MIGRANTS
Une maraude ordinaire comme il s’en passe tous les jours depuis le début de l’hiver. Au pied de l’obélisque, une famille de réfugiés marche dans le froid. La mère est enceinte. Elle est accompagnée de son mari et de ses deux enfants (2 et 4 ans). Ils viennent tout juste de traverser la frontière, les valises dans une main, les enfants dans l’autre, à travers la tempête. Nous sommes 2 maraudeurs à les trouver, à les trouver là, désemparés, frigorifiés. La mère est complètement sous le choc, épuisée, elle ne peut plus mettre un pied devant l’autre. Nos thermos de thé chaud et nos couvertures ne suffisent en rien à faire face à la situation de détresse dans laquelle ils se trouvent. En discutant, on apprend que la maman est enceinte de 8 mois et demi. C’est l’alarme, je décide de prendre notre véhicule pour l’ emmener au plus vite à l’hôpital. Dans la voiture, tout se déclenche. Arrivés au niveau de la Vachette(à 4km de Briançon), elle se tord dans tous les sens sur le siège avant. Les contractions sont bien là… c’est l’urgence. J’ accélère à tout berzingue. C’est la panique à bord. Lancé à 90km/h, j’arrive à l’entrée de Briançon... et là, barrage de douane. Il est 22h. « Bon sang, c’est pas possible, merde les flics ! ».
Herse au milieu de la route, ils sont une dizaine à nous arrêter. Commence alors un long contrôle de police. "Qu’est ce que vous faites là ? Qui sont les gens dans la voiture ? Présentez nous vos papiers ? Ou est ce que vous avez trouvé ces migrants ? Vous savez qu’ils sont en situation irrégulière !? Vous êtes en infraction !!!"… Un truc devenu habituel dans le briançonnais. Je les presse de me laisser l’emmener à l’hôpital dans l’urgence la plus totale. Refus !
Une douanière me lance tout d’abord « comment vous savez qu’elle est enceinte de 8 mois et demi ? » puis elle me stipule que je n’ai jamais accouché, et que par conséquence je suis incapable de juger l’urgence ou non de la situation. Cela m’exaspère, je lui rétorque que je suis pisteur secouriste et que je suis à même d’évaluer une situation d’urgence. Rien à faire, la voiture ne redécollera pas. Ils finissent par appeler les pompiers. Ces derniers mettent plus d’une heure à arriver. On est à 500 mètres de l’hôpital. La maman continue de se tordre sur le siège passager, les enfants pleurent sur la banquette arrière. J’en peux plus. Un situation absurde de plus.
Il est 23h passés, les pompiers sont là...ils emmènent après plus d’une heure de supplice la maman à l’hosto. Les enfants, le père et moi-même sommes conduits au poste de police de Briançon à quelques centaines de mètres de là. Fouille du véhicule, de mes affaires personnelles, contrôle de mon identité, questions diverses et variés, on me remet une convocation pour mercredi prochain à la PAF ( Direction Centrale de la Police Aux Frontières )de Montgenèvre. C’est à ce moment-là qu’on m’explique que les douaniers étaient-là pour arrêter des passeurs. Le père et les deux petits sont quant à eux expulsés vers l’Italie. Pendant ce temps-là , le premier bébé des maraudes vient de naître à Briançon. C’est un petit garçon, naît par césarienne. Séparé de son père et de ses frères, l’hôpital somme la PAF de les faire revenir pour être au côté de la maman. Les flics finissent par obtempérer. Dans la nuit, la famille est à nouveau réunit.

La capacité des douaniers à évaluer une situation de détresse nous laisse perplexe et confirme l’incapacité de l’État à comprendre le drame qui se trame à nos maudites frontières. Quand à nous, cela nous renforce dans la légitimité et la nécessité de continuer à marauder... toutes les nuits. "


Nous nous sommes renseigné pour avoir la suite de ce drame humain... humain disons le haut et fort " HUMAIN " .

Le “problème”, c’est que cette situation profondément dramatique n’avait rien d’une fatalité ; elle est le pur produit d’une politique anti-migratoire inhumaine, qui prive les agents de l’Etat français, douane, Police aux frontières ou autre, de toute faculté de discernement et nous fait tous sombrer dans une indicible inhumanité.
Cet épisode paroxystique est la goutte d’eau qui fait déborder le vase de notre conscience citoyenne. Il fait fi de la mobilisation exemplaire de centaines de bénévoles, du Briançonnais et d’ailleurs, pour tenter d’offrir un accueil digne et humain aux exilés qui arrivent quotidiennement sur notre territoire, palliant ainsi les manquements de l’Etat à ses obligations.
Après la chute de 40 mètres de deux migrants au Col de l’échelle en août, cherchant à fuir la traque policière, après la mort de Karim, jeune réfugié soudanais mort la semaine dernière de l’incurie de l’Etat, sur les trottoirs de la porte de la Chapelle à Paris, mais aussi après la naissance miraculeuse des bébés à bord des bateaux de sauvetage en Méditerranée, cet énième épisode d’une politique anti-migratoire absurde et sans fondement est trop gros, trop grossier, trop abject pour retomber dans l’oubli une fois l’émotion passée.
Tous Migrants appelle à un rassemblement massif en marge de la convocation reçue par le bénévole incriminé, mercredi 14 mars à 9 heures devant le poste de la Police aux frontières de Montgenèvre.
Cette mobilisation exprimera notre solidarité totale et sans réserve envers les bénévole.s maraudeur.se.s qui, tous les jours, contre l’Etat et les passeurs-trafiquants d’êtres humains, prennent de leur temps pour sauver des vies et la dignité humaine, à commencer par la nôtre.
Ce ne sont pas les citoyens solidaires qui sont dans l’illégalité mais bien l’Etat, qui depuis des mois bafoue les droits fondamentaux à nos frontières : reconduite des mineurs, non-respect des procédures, absence d’interprète, formulaires pré-remplis…
Nous invitons également tous les solidaires qui ne pourront se déplacer à signer la pétition-lettre ouverte reprenant les termes de cette dénonciation sur
http://www.change.org
http://chn.ge/2HoXUni
Plus que jamais, Tous Migrants s’engage à mobiliser tous les moyens légaux à sa disposition et l’appui des associations partenaires, pour que cessent ces violations répétées des droits humains par des représentants de l’Etat, un Etat qui se dit de Droit.
Après des mois de pratiques étatiques illégales ou honteuses, les limites du tolérable ont une nouvelle fois été franchies.
C’est désormais à la société civile de faire respecter la frontière, la frontière de l’humanité.

Tous Migrants.



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