Accueil > ENVIRONNEMENT > ENVIRONNEMENT INFO > Jean-Louis Etienne : « Trump méprise les populations touchées par le (...)

Jean-Louis Etienne : « Trump méprise les populations touchées par le réchauffement »

dimanche 4 juin 2017, par C3V Maison Citoyenne

Jean-Louis Etienne : « Trump méprise les populations touchées par le réchauffement »

La Dépêche.fr Publié le 03/06/2017
Jean-Louis Etienne médecin, explorateur

Comment réagissez-vous à la décision de Donald Trump de sortir les États-Unis de l’accord sur le climat ?

Le retrait était attendu mais c’était violent la façon dont il s’est exprimé. Il a fait preuve d’une suffisance… Il ne connaît pas le sujet. Son objet n’était pas de parler du climat, mais de réunir ses électeurs autour de son programme pour dire : moi je fais ce que je dis. En essayant, avec des chiffres erronés, inventés, de prouver que la sortie de l’accord de Paris allait créer de multiples jobs et enrichir le pays comme jamais. Son discours était très brouillon ; on ne l’a pas senti à l’aise. C’était un discours de quelqu’un qui est souverainiste et, comme souvent, les souverainistes entretiennent une forme de paranoïa chez leurs électeurs. Si on sort de l’accord c’est formidable, si on reste c’est la catastrophe. Vis-à-vis du monde, c’est effondrant. C’est d’un égoïsme total, c’est-à-dire qu’il fait un bras d’honneur à tous les pays qui ont travaillé sur l’accord de Paris et, ensuite, il méprise toutes les populations qui aujourd’hui sont déjà touchées par le changement climatique. Et elles sont touchées parce que les États-Unis ont été pendant longtemps les premiers émetteurs de gaz carbonique, avant que la Chine prenne le relais. Donc tout ce qui se passe dans le climat, c’est la faute des États-Unis.

Que pensez-vous de la réaction des autres pays du monde ? La décision de Trump va-t-elle provoquer l’envie d’en faire plus ?

Oui je suis d’accord, cela remet le climat en selle, avec la nécessité d’un changement dans nos habitudes. J’ai trouvé le discours de Macron très solennel, intelligent, invitant les autres à venir travailler en Europe. Il en a profité et c’est normal qu’il ait pris le relais. L’accord de Paris, c’est la France qui l’avait pris à son compte. Aucun pays ne voulait l’héberger après l’échec de Copenhague. Laurent Fabius avait poussé pour le prendre. C’est un accord généré par la France et réalisé à Paris.

L’Europe, la Chine se mobilisent

Oui, la Chine – qui veut toujours se démarquer des États-Unis – est obligée, pour la santé de sa population, de faire des progrès terribles sur sa consommation énergétique, sur ses émissions de gaz carbonique. La Chine peut en profiter pour dire : « nous, on suit l’accord de Paris. » Trump est donc assez isolé. Il a son électorat bien sûr qui est loin de représenter l’ensemble du pays ; et il a contre lui les grands industriels, ceux qui ont investi dans les énergies du futur.

Avec son discours climato-sceptique, Trump précipite les États-Unis dans un formidable retour en arrière. Est-ce irréversible ?

Le GIEC devrait prendre la main. Le problème avec le climat, c’est qu’on en a fait une valeur populaire, celle qui alimente les conversations entre amis et collègues à la machine à café, alors que c’est une valeur scientifique. La température s’est réchauffée de 1 °C en un siècle, et c’est suffisant pour commencer à engendrer des perturbations climatiques. Mais 1 °C, on ne le perçoit pas, donc c’est facile pour Trump, qui n’a pas de culture sur le sujet, de minimiser cela. Trump se comporte en fait en maquignon.

Propos recueilli par Philippe Rioux
@technomedia



Voir en ligne : La dépêche.fr

Répondre à cet article

SPIP | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0
Habillage visuel © digitalnature sous Licence GPL